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Les trois grands thèmes autour desquels s’articulent les vingt-deux
sujets qui constituent l’objet du débat national sur l’avenir de l’école
sont les suivants : définir les missions de l’école, faire
réussir les élèves et améliorer le fonctionnement de l’école. Les
traiter avec une rigueur et une cohérence suffisantes aboutirait forcément
à révolutionner le système éducatif. Cette révolution impérative est
exprimée sans équivoque par Luc Ferry à travers les locutions
" refondation du système éducatif " et
" changement de cap radical ".
Pour ce faire, il faut s’appuyer sur une science parfaitement bien
construite.
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Claude Thélot, expert en éducation et président de la commission d’organisation
du débat national sur l’avenir de l’école, a présenté les résultats de
l’opération au nouveau Ministre de l’Éducation nationale, François Fillon,
qui les a rendus publics le 5 avril 2004.
Ils ont été sans surprise pour qui aurait lu l’article " Réflexions
autour du débat national relatif à l’école " en ligne sur notre
portail http://www.apprentissage-lecture.com
. Les conclusions de l’article correspondent aux résultats évoqués
et l’on peut même dire qu’il y a pire.
On ne reprendra pas ici la teneur de l’article, il suffit de le consulter.
Pour le reste, l’étonnement est total : il n’est pas soufflé mot de l’objectif
précédemment affiché du débat, la " refondation " du système
éducatif .
Le remplacement de l’initiateur du projet alors qu’il n’avait pas
encore achevé sa mise en œuvre, Luc Ferry, par quelqu’un d’autre, était
sans doute le signe annonciateur de ce revirement.
Selon Claude Thélot dans son rapport de synthèse, les Français ont
souhaité que la mission de l’école fût non seulement d’ " instruire "
mais aussi de " co-éduquer " (enseignants et parents étant
associés dans la tâche).
On est bien loin de l’objectif du début qui, d’après Luc Ferry en
janvier 2004, déclarait encore vouloir " un changement de cap
radical " du système éducatif. A juste titre, dans la mesure où le
changement radical est rendu indispensable par les grosses difficultés que l’institution
traverse. L’objectif semble enterré. Suite aux résultats des dernières
élections particulièrement défavorables à son camp, le Président de la
République est revenu sur plusieurs réformes préparées par le
gouvernement ; le revirement semble participer des nouvelles décisions
annoncées dans sa récente intervention à la télévision.
Toutefois, il ne faut pas se leurrer : des réformes en profondeur du
système scolaire sont inévitables pour sortir des difficultés présentes et
à venir. Par voie de conséquence, ce n’est que partie remise. Car éluder
des problèmes n’a jamais permis de les résoudre.
Pourtant, il fallait s’y attendre. Les tentatives de réformes antérieures
avaient connu un sort analogue. Celles qui sont en cours ou en perspective n’y
échapperont guère. Cela se comprend. La méthodologie de l’action conduite
est inadaptée.
Il est frappant à cet égard de voir à quel point Claude Thélot a
insisté, lors de la présentation de son rapport sur les antennes de radio, sur
le caractère qualifié de " démocratique " du débat et le
nombre de participants que celui-ci a mobilisé, répondant ainsi en écho à
Luc Ferry qui, de son côté, ne laissait passer aucune occasion de marquer la
volonté de faire reposer les réformes sur l’ " exercice de la
démocratie directe ".
Ce faisant, l’un et l’autre ont semblé ériger la démocratie au-dessus
de tout, y inclus la science. La situation actuelle de la société ne paraît
pas justifier pareille vision des choses.
Qu’à cela ne tienne. Le champ sémantique de démocratie recouvre, entre
autre concepts, ceux de statistique, de majorité ou de plus grand nombre. Or,
les résultats du débat font état d’un million de participants environ sur
plus de 61 millions de Françaises et de Français. Dans l’absolu, un million
de participants, c’est beaucoup ; mais, rapporté à 61 millions de
Françaises et de Français d’une part et en tenant compte du destin collectif
engagé à travers le débat d’autre part, c’est presque dérisoire et
inquiétant à la fois parce que cela dénoterait sinon de l’inconscience, du
moins une certaine désaffection alors même que tout le monde s’accorde sur
la gravité et l’urgence de la situation. Quelle importance la démocratie
peut-elle revêtir dans ces conditions ?
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Il est à remarquer que le projet n’a pas accordé de rôle
spécifique à la science ou aux scientifiques. D’ailleurs, Claude
Thélot n’a pas mentionné explicitement la science dans la démarche,
pas plus que dans les résultats. La tendance est générale chez les
experts voire chez les scientifiques. Paradoxe !
N’en déplaise, la science ne peut pas peser du même poids que la
démocratie et, a fortiori, la démocratie ne peut pas peser plus lourd
que la science sur les plateaux de la balance. Nous tenons à préciser qu’il
s’agit bien de science autre que celle qui se restreint à l’observation,
à la quantification et à l’induction.
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L’analyse qui confirme le sujet de préoccupation ici est que très
souvent, les travaux d’experts et même de scientifiques apportent peu de
solutions entièrement satisfaisantes aux problèmes soulevés, parce qu’ils
procèdent empiriquement (l’observation, l’induction, la démocratie …) et
non scientifiquement (une rationalité aussi irréprochable que possible dans
les explications).
Les mêmes causes générant les mêmes effets, l’empirisme mène aux
mêmes piètres résultats.
L’autorité des experts repose en principe sur des connaissances
scientifiques ; mais, elles reposent sur une science qui demeure profondément
empirique et donc de très faible portée.
Une affirmation en forme de constat devenue un lieu commun est que
" La société française est irréformable ". C’est parce
que les réformes sont mal fondées.
Pour que les réformes soient perçues sinon par l’ensemble de toute la
population, du moins par la majorité (démocratie oblige !!) comme
légitimes, deux conditions sont nécessaires et suffisantes :
1°) prendre appui sur une science bâtie sans faille ;
2°) construire un projet de société qui ne souffre aucune contestation.
En l’absence de ces deux conditions essentielles, les réformes s’avèrent
la plupart du temps, en dernier examen, non seulement antidémocratiques (les
décisions ne sont pas prises en fonction du plus grand nombre de personnes
concernées) mais encore antiscientifiques (il y a déficit de référence
explicite à la science en tant qu’instance de justification). C’est-à-dire
infondées en droit et en raison. D’où les protestations du plus grand nombre
auquel elles sont parfois préjudiciables.
Dans une précédente communication sur notre site http://www.apprentissage-lecture.com
, nous avons posé la question de la
compétence de l’autorité.
De ce point de vue, scientifiques et politiciens raisonnent pour ainsi dire dans
l’absolu : leurs discours ne s’enracinent pas dans la science et le
projet de société et, en définitive, dans la conception adéquate du monde
(qui, hélas, reste à élaborer !). Dès lors, ils ne peuvent proposer que
des solutions intuitives et souvent discutables aux problèmes éducatifs,
politiques, économiques, sociaux, etc.