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Remarques importantes

Malgré leur intérêt considérable puisqu’elles prévoient un changement complet de l’approche pédagogique de la lecture, les réformes du 20 février 2002 du Ministre de l’Éducation nationale sont passées presque inaperçues ;  on en a peu parlé, y compris dans les médias. Un an plus tard, on a le sentiment qu’elles sont  tombées dans les oubliettes !
D’ailleurs, dans les échanges avec les enseignants, tout laisse à penser que beaucoup d’entre eux méconnaissent ces réformes. Lorsqu’on ne s’inscrit pas dans leur démarche en procédant de l’oral vers l’écrit et en travaillant à partir des mots entiers ou des sons, on passe presque pour un attardé auprès d’eux ; certains balaient du revers de la main la simple évocation de ces réformes ; d’autres les réprouvent avec une pointe de mépris. La partie n’est donc pas gagnée d’avance, loin s’en faut, d’où la question suivante.

Les réformes de 2002 seront-elles mises en application ?

L’interrogation peut paraître surprenante si l’on se réfère aux explications qui ont été fournies jusqu’à présent. Elle mérite d’être formulée lorsqu’on sait ce que sont devenues par le passé les réformes analogues.
Les faiblesses des réformes marquées encore par leur pléthore et entraînant leur désaffection s’expriment dans les critiques à peine voilées de Luc Ferry dans son livre déjà mentionné :
« La succession incessante et épuisante des réformes suscite découragement, attentisme, scepticisme chez les enseignants. Elles sont jugées sur le terrain comme inadaptées et sont, de fait, de moins en moins respectées. Il en résulte une forme de discrédit de la parole d’État. »
Un problème grave touché du doigt par Luc Ferry est celui de la crédibilité et de l’autorité de l’État mises à mal par la situation actuelle. Face aux grosses difficultés des méthodes de lecture avec lesquelles il semble apparemment, rappelons-le, en complet désaccord, le Ministère a précisé sa propre démarche pédagogique à côté de celles des enseignants déjà existantes (au risque de se voir accuser de concurrence déloyale !!), laissant ainsi le champ libre à ces dernières (la méthode globale exceptée).
En conséquence, il n’a pas assumé toutes ses responsabilités et c’est sa crédibilité et son autorité qui en pâtissent. C’est son autorité scientifique et même son autorité tout court qui s’en trouvent amoindries, à tel point que des enseignants se refusent à appliquer les réformes effectuées !

En effet, beaucoup d’instituteurs et d’orthophonistes qui pratiquent la méthode mixte et la méthode phonétique restent hostiles aux « nouveaux programmes » et préfèrent le maintien du statu quo, tout simplement parce qu’ils ne savent pas que les bases théoriques des méthodes auxquelles ils demeurent attachés sont profondément erronées.
Au demeurant, lorsqu’on lit les textes de réformes tels celui de 2002 (ou 2003), on est souvent surpris à la fois par la justesse des contenus des propos et le décalage entre les orientations définies et la réalité du terrain.

Mais, tout dépend en amont des professeurs d’IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) d’une part et des inspecteurs de l’Éducation nationale d’autre part.
Malheureusement, de sérieuses divergences théoriques opposent autant les professeurs d’IUFM entre eux, les inspecteurs de l’Éducation nationale les uns aux autres que le Ministre de l’Éducation nationale aux enseignants, voire les membres du groupe d’experts chargés de la rédaction des programmes entre eux ! Dans le même temps, les grands progrès accomplis en science durant ces dernières décennies qui auraient dû servir de fondements communs aux diverses positions sont complètement absents des débats ! Pour le formuler différemment, les débats ne font pas référence aux acquis notables de la science aujourd’hui dans la réflexion méthodologique et pédagogique de la lecture.
Les désaccords interpellent la science et révèlent les insuffisances des conceptions classiques de la théorie de l’étude de la pensée et de la connaissance scientifiques.

Cela dit, les parents ne sont pas à tenir à l’écart et c’est surtout à eux que nous avons pensé en rédigeant les manuels (voir notre site Internet http://perso.wanadoo.fr/initiation-lecture) .
Nous avons pu observer qu’ils étaient en première ligne des contestations des méthodes de lecture. Conscients des difficultés de ces méthodes et de leurs succès scolaires peu probants, beaucoup d’entre eux n’hésitent pas à retrousser les manches et à mettre la main à la pâte, c’est-à-dire à faire apprendre eux-mêmes à lire à leurs enfants. Nous avons voulu, à travers les manuels, leur en fournir les outils appropriés.
Les manuels que nous leur proposons à cet effet prennent appui sur une méthode qui, à l’inverse des méthodes actuelles et conformément aux « nouveaux programmes », procède à partir à la fois de l’écrit, du son et du sens et donc du code écrit, du code sonore et du code sémantique, dans le but premier d’une parfaite maîtrise du principe de fonctionnement du code écrit puisque l’interprétation sémantique repose sur le code écrit.

Essai de synthèse

La méthode globale et la méthode mixte entrent dans l’apprentissage de la lecture par l’intermédiaire du sens ou du code sémantique (et l’on peut alors parler de « méthodes sémantiques »). La méthode phonétique recourt au son ou au  code sonore ; la méthode syllabique s’appuie sur la lettre et la syllabe ou le code écrit.
Les nouveaux programmes de 2002 et 2003 prônent explicitement le code écrit et implicitement le code sonore et le code sémantique.
La méthode linguistique postule explicitement une démarche pédagogique qui intègre à la fois le code écrit, le code sonore et le code sémantique.
La méthode linguistique se situe dans le cadre des nouveaux programmes de 2002 et 2003 dont l’approche pédagogique affinée permet, en amont, de maîtriser comme il faut le code écrit associé au code sonore et articulé avec le code sémantique et de prévenir l’illettrisme et, en aval, de lutter avec succès contre l’illettrisme et d’acquérir une orthographe lexicale et grammaticale solide.

La méthode globale et la méthode mixte construisent l’apprentissage de la lecture depuis le sens ou le code sémantique. C’est des méthodes sémantiques en termes de caractérisation. La sémantique relève de la linguistique. D’un point de vue théorique, les méthodes globale, mixte, phonétique et syllabique appartiennent au champ linguistique.

En conséquence, c’est en toute légitimité que la méthode d’apprentissage de la lecture est définie essentiellement comme linguistique. De là l’expression « méthode linguistique de lecture ». Cette spécification n’exclut cependant pas la nature interdisciplinaire de la méthode (l’interdisciplinarité est d’ailleurs suggérée par les traits « sémantique » et « phonétique » qui sont des concepts théoriques à côté des termes descriptifs « global » ; « mixte » et « syllabique »).
Face à la complexité du réel, la pluridisciplinarité en matière scientifique s’impose de façon impérative.

Conclusion

Aux méthodes de lecture dont les principes pédagogiques mènent, d’une part, du registre sonore au registre écrit et, d’autre part, à une mémorisation globale des structures de la langue écrite et qui entraînent de graves difficultés scolaires en termes de conséquences, les réformes de 2002 et 2003 du Ministère de l’Éducation nationale opposent frontalement une approche qui conduit, d’une part, du registre écrit au registre sonore et, d’autre part, à une mémorisation discriminatoire des structures de la langue écrite, avec, comme résultats, le meilleur apprentissage de la lecture, la prévention et la lutte efficaces contre l’illettrisme et l’acquisition solide de orthographe.
Ainsi, les réformes de 2002 et 2003 du Ministère de l’Éducation nationale constituent, en elles-mêmes, une réfutation et un rejet pur et simple des méthodes de lecture actuelles.
Au strict plan scientifique, le dénominateur commun aux méthodes actuelles est un déficit de la conception théorique de la science qui se traduit notamment par l’implicite des notions employées et des énoncés formulés.
Mais, l’enjeu majeur des réformes est, à la grande différence des méthodes actuelles,  de faciliter la tâche d’apprentissage de la lecture chez les enfants. Ils rendent aisé tout autant le travail pédagogique des enseignants.
Il se pose alors le problème du contenu de la méthode à mettre en œuvre dans ce but. La solution, pertinente et originale, est la méthode linguistique de lecture.

Pour en terminer par le projet de réformes de 2003 qui reprend à son compte les réformes de 2002 relatives à la pédagogie et à l’apprentissage de la lecture, sa principale nouveauté réside dans la composante éducative rajoutée aux deux grandes missions classiques du système d’éducation qui sont la transmission des connaissances et la formation professionnelle.
En sa qualité de Ministre de la Jeunesse et de l’Éducation notamment, Luc Ferry se propose autant d’«instruire » et de « préparer à la vie professionnelle » que d’« éduquer » qui aurait dû être la vocation première du système d’éducation (comme son nom l’indique si bien !) depuis toujours.
L’éducation est le reflet de la Civilisation, c’est-à-dire l’expression du rapport de la culture à la nature, rapport dans lequel la science tient une place centrale !

Les sites Internet  http://perso.wanadoo.fr/initiation-lecture et http://www.apprentissage-lecture.com permettent de compléter l’information sur les différents points rapidement abordés ci-dessus.

Bernard WEMAGUE
               Linguiste-Méthodoloque
                 Ancien Chargé de Cours d’Orthophonie
                à la Faculté de Médecine de BORDEAUX

 

 

 

 

 

 

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