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  Le constat dans les discussions, les médias et la littérature est général : "L'école est en crise" !
Les contenus et les finalités du système éducatif sont sur la sellette depuis déjà bien des années. Tout le monde s'accorde à reconnaître la nécessité de réformer profondément l'institution.
C'est dans ce contexte que 60 millions de Françaises et de Français sont aujourd'hui invités par le Ministre de l'Éducation nationale pour débattre publiquement de son avenir.
Démocratie et science obligent, surtout de la part d'un Ministre qui est de surcroît enseignant et universitaire de formation (comme bon nombre de ceux qui l'ont précédé tels Jacques Lang et Claude Allègre, pour n'en mentionner que les plus récents) !

L'expérience du passé suscite une question simple et grave qui est la suivante : la méthode, qui consiste à prendre appui sur la science et la démocratie, est-elle judicieuse ?
A priori, oui ; c'est la démarche commune !
Malheureusement, elle est non seulement discutable scientifiquement, mais encore validée de manière peu satisfaisante par les résultats corrélatifs, ainsi que tend à le montrer la profonde crise de la société, de l'économie, de la politique, de la morale ou simplement du système éducatif dont nous parlons présentement et qui est au centre du débat dont il s'agit.

L'histoire de l'évolution de la société est jalonnée de révisions déchirantes dont témoigne également notre époque dans de nombreux domaines y compris celui de la pensée scientifique.
Comme la science, la société actuelle est une étape du processus de transformation qui la caractérise. Comme la science, elle progresse par tâtonnements (essais et erreurs), d'où le besoin de réajustements, ou réformes, auxquelles s'emploient les gouvernants. Se pose la question lancinante de leur fondation !
C'est l'éclairage sous lequel il convient d'appréhender les réformes de toutes natures entreprises par les pouvoirs publics qui, pour ce faire dans les régimes dits démocratiques, mènent des campagnes d'information et organisent des consultations auxquelles l'ensemble des citoyens est convié à participer. Néanmoins, plus qu'une exigence démocratique, la méthode répond à la logique scientifique moderne puisqu'il s'agit de partir de l'observation pour conduire la réflexion et l'action.
Science et démocratie s'articulent ainsi pour constituer le socle du dispositif, sur lequel le Ministre de l'Éducation nationale semble appuyer le débat annoncé depuis sept mois et lancé le 17 novembre 2003.
Mais, que faut-il penser de cette méthodologie et attendre de ses résultats finaux, sachant, comme il a été souligné précédemment, que les nouveaux acquis de la science n'ont pas été pris en ligne de compte ?

On est en effet passé, depuis quelques décennies, de la science moderne, empirique (on s'en tient à ce qui est) , à la science post-moderne, théorique (on procède par un système d'explications, explicites, rigoureuses, cohérentes, systématiques, exhaustives ...).
Bref, dans sa méthode de connaissance, la science moderne, très fortement inspirée de celle de la physique, commence son activité par l'observation, tandis que la science post-moderne débute son travail par la théorie, implicite, qui sous-tend l'observation.
Dans la dernière option et par rapport au projet de réformes du Ministre de l'Éducation nationale, il est fondamental de partir de la théorie de la science puis de celle de la société afin d'offrir une grille d'interprétation appropriée aux avis des Françaises et des Français et servir de bases sûres et irréfutables aux réformes envisagées. Tel n'est pas le cas, d'où les oppositions des enseignants et la grogne des étudiants. C'est la méthode qui est en cause et, par-delà, la science sous-jacente ainsi que les résultats auxquels conduira la méthode. Elle est édifiée selon le principe méthodologique de la physique. Or, la physique des particules, dans laquelle tout n'est ni observable ni quantifiable, autorise à relativiser aujourd'hui la portée de cette méthode, sans parler des résultats dans divers domaines qui trahissaient déjà ses limites tels que celui du système éducatif précisément qui est au centre de la discussion et que l'on a signalé plus haut au passage.

Cela marqué, la méthode de connaissance de la science moderne reste relativement pauvre. Par exemple, à la question récurrente "A quoi l'école sert-elle?", les réponses sont vite épuisées.
Au contraire, celle de la science post-moderne est extrêmement productive et à la question formulée ci-dessus, les réponses qu'elle apporte ouvrent une infinité de perspectives impliquées par la très grande complexité de la réalité.

Ainsi, le principe d'observation n'est pas un critère suffisant de scientificité.
C'est la raison pour laquelle la science classique propose des solutions souvent peu satisfaisantes aux problèmes de la société. Certains scientifiques, et non des moindres, ont même défendu l'idée selon laquelle il n'appartenait pas à la science de trouver des solutions aux problèmes de la société ! C'est tout simplement parce que sa conception ne s'y prête guère.
Face aux difficultés rencontrées par les gouvernants dans l'exercice de leurs fonctions (lesquels ne se passent pas, à juste titre, des services de scientifiques), on entend fréquemment déclarer d'un ton désabusé que la société française est irréformable ; le système éducatif souffre du même préjugé défavorable. Dans l'un et l'autre cas, c'est, répétons-le, parce que la représentation de la science qui doit présider aux réformes est peu adaptée à son but.
 

Bernard WEMAGUE
               Linguiste-Méthodoloque
                 Ancien Chargé de Cours d’Orthophonie
                à la Faculté de Médecine de BORDEAUX
b.wemague@wanadoo.fr

 

 

 

 

 

 

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