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"Débat national sur l'avenir de l'École"
La présentation du débat, par le Ministre de l'Éducation nationale sur le site
Internet dédié à cet effet, concernant l'avenir de l'École s'ouvre logiquement
sur l'interrogation "Pourquoi un débat ?" ; la réponse fournie fait valoir
notamment " une refondation de notre système éducatif". A travers l'intention
déclarée, il reconnaît l'existence de problèmes, sérieux, qui exigent de
l'institution scolaire de redéfinir ses raisons d'être.
Le traitement attendu pourra-t-il guérir le mal ? Il y a lieu d'en douter sous
l'angle méthodologique et scientifique. La méthodologie du projet est d'autant
plus discutable que les progrès scientifiques de ces dernières décennies ne sont
pas intégrés dans le cadre général de la conception et de la réalisation de
l'action à mener. En effet, de l'analyse de la réponse "L'objectif du débat national sur l'avenir
de l'École est d'inciter la nation à s'exprimer sur son École et, par là,
aboutir à un diagnostic partagé et une refondation de notre système éducatif." à
la question "Pourquoi un débat ?", il ressort que le Ministre entend s'appuyer
sur les opinions des Françaises et des Français pour décider des réformes à
effectuer. C'est le procédé même qui est contestable et, à travers lui, les
résultats escomptés.
La problématique reviendrait à formuler : convient-il de conduire les réformes
du système éducatif en se fondant sur l'opinion publique ou sur la science ?
Naturellement, c'est la science qui doit permettre de prendre des décisions et
l'opinion publique ne doit intervenir que secondairement pour éventuellement
faire élargir le cadre général et y incorporer des données nouvelles liées à des
situations particulières.
Cela étant posé, l'objectif du débat instauré par le Ministre de l'Éducation
nationale renferme des éléments tout à fait intéressants et importants tels que
"S'interroger sur les valeurs et les finalités de l'École" et "Redéfinir le
métier de l'éducation". La plupart des 22 questions qui constituent le thème du
débat sont fort pertinentes. Mais, elles ne peuvent être convenablement
traitées, surtout en profondeur, que dans le cadre d'une science adéquatement
bâtie. Cet aspect crucial reste, au mieux, implicite dans la démarche du
Ministre ; en outre, il a occulté une interrogation majeure : quel type de
société voulons-nous, étant donné qu'on ne peut pas construire un système
éducatif déconnecté du système social ? L'école doit se concevoir en fonction du
projet de société que nous nous définissons. Parce qu'aucun domaine ne doit lui
être étranger, une science bien élaborée ne saurait exclure de son centre
d'intérêt le projet de la société dans laquelle ses membres sont appelés à vivre
ensemble. Qu'à cela ne tienne, dispose-t-il de plus de moyens que ses prédécesseurs pour
appliquer sa politique ? En termes purement démocratiques et sur un demi million
d'enseignants environ que compte le système éducatif et sur lesquels il doit
s'appuyer, combien ont-ils seulement lu son ouvrage-programme Lettre à tous ceux
qui aiment l'école pourtant tout aussi intéressant sur de nombreux points que
Les nouveaux programmes de l'école publiés un an auparavant par le précédent
Ministre de l'Éducation nationale ? Plus encore, combien ont-ils approuvé et
surtout mis en pratique les orientations définies (dans un cas comme dans
l'autre !) ?
En résumé, la méthodologie de la politique du Ministre de l'Éducation nationale,
qui repose en définitive sur la science et la démocratie, reste implicite. Elle
doit devenir explicite. Ce qui change tout !
Bernard WEMAGUE
Linguiste Méthodologue
Ancien Chargé de Cours d’Orthophonie
à la Faculté de Médecine de BORDEAUX
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