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Puits sous la rue
des Gras |
Bâti sous un socle de roche volcanique, le
vieux Clermont est une véritable termitière, où s'entremêlent caves, cryptes et
égouts. Longtemps, ce réseau sous terrain fut l'objet des fantasmes des amateurs
de chasse au trésor. Plus sérieusement, il est aujourd'hui celui d'études
historiques... En dépit de l'éclairage des torches électriques, on hésite
quelque peu avant de faire les premiers pas dans ce labyrinthe...
Au premier sous-sol, l'immense cave a été compartimentée pour les besoins
des locataires. A l'étage en dessous, plusieurs pièces exiguës sont
réparties autour d'un boyau central. Des crochets rouillés pendent au plafond.
Dans un coin, un étal destiné à la découpe est le vestige d'une ancienne
boucherie clandestine datant de la dernière guerre mondiale. En plein cœur de
Clermont-Ferrand, rue Saint Genès, à quelques centaines de mètres à peine du
quartier général de la milice, l'ensemble est complètement délabré, la roche des
parois s'effrite dès qu'on la frôle. Des tessons de bouteilles traînent sur des
monceaux de détritus... L'atmosphère est sinistre, impossible de descendre plus
bas car les étages inférieurs n'ont pas été dégagés.
A Clermont-Ferrand, où le sous-sol suscite
particulièrement la curiosité des nostalgiques de la chasse au trésor, chaque
visite de cave recèle un parfum d'aventure... Dans cette ville austère, qui
cultive le secret comme un art de vivre, l'imagination s'enflamme. Ici, où se
sont mêlés et affrontés pouvoirs religieux et politique, on parle de
caves, d'aqueducs, de cryptes, d'égouts moyenâgeux et de sous terrains qui
auraient été creusés pour relier un point stratégique à un autre. Historiens et
archéologues se sont penchés sur ce sous-sol insolite. Urbanisé depuis
l'Antiquité, le site ne livre pas aisément ses secrets. Comme dans toute ville
ancienne, les bâtiments ont été construits, détruits et reconstruits en
permanence. Bien que plus préservé, le tracé des caves a subi des
modifications multiples, imposées par les propriétaires successifs.

Il semble qu'elles soient nombreuses à correspondre entre elles, et les vieux
clermontois se souviennent avec émotion des parties de cache cache souterraines
qui les faisaient entrer d'un côté de la butte pour ressortir de l'autre. Durant
la Seconde Guerre mondiale, pour répondre aux nécessités de la défense
passive, le sous-sol clermontois fut l'objet d'une recherche attentive... Ce
travail, destiné à établir une cartographie précise, quartier par quartier et
niveau par niveau, ne fut jamais achevé. Il révélait un réseau de caves
particulièrement complexe, qui se superposaient sur plusieurs étages ( cinq sous
la Place de la Victoire). Longtemps après la Libération, les habitants purent y
dénicher des casques, des uniformes nazis et des munitions...
Pour creuser cette impressionnante termitière, il fallait un roche particulière,
à la fois facile à travailler et d'une excellente tenue: le tuffring, mousse
volcanique issue des projections de l'explosion du maar situé à l'emplacement
des quartiers de Jaude et des Salins.
TOUT A L' ÉGOUT
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Pilier sculpté à l'intérieur
d'un égout |
Dans une matière aussi tendre, les
clermontois n'hésitèrent pas à percer en fonction de leurs besoins. Rien n'était
plus facile, quand ils arrivaient chez un voisin, que de reboucher, pour partir
vers une autre direction. Cela explique vraisemblablement l'orientation
anarchique de la plupart des galeries actuelles. Aménagées à des époques
différentes, elle peuvent s'étendre sur plusieurs centaines de mètres carrés. Il
semble que les plus importantes ( parfois de la taille d'une salle de sport ),
souvent situés au niveau d'un premier sous-sol, étaient destinées à abriter le
fourrage des attelages.
Certaines assurent toujours leur fonction
d'entrepôt, d'autres sont utilisées comme magasins, cabarets, ateliers
d'artistes ou... fosses d'aisance. Aujourd'hui encore, Clermont-Ferrand n'a pas
de tout à l'égout. Situés au cœur du vignoble auvergnat, la plupart des caves
clermontoises ont servi au stockage de fûts. Nombreuses sont celles qui ont des
caractéristiques communes: un anneau soudé au sol, en haut d'un escalier abrupt,
permettait l'encordage et la descente de tonneaux.
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Sous l 'Hôtel Dieu |
C'est certainement dans les sous-sols de
l'Hôtel-Dieu qu'il fallait chercher les galeries les plus spectaculaires. Qui
pourrait imaginer pareils dédales sous cette vénérable maison? Durant des
siècles, l'Hôtel-Dieu fut un couvent tenu par des sœurs, propriétaires
exploitantes des vignes avoisinantes.
Serait-ce ici que sont nés les fameux sous terrains qui alimente la rumeur
populaire? On raconte qu'à la Libération une Jeep pouvait rouler jusqu'à la
cathédrale. Les constructions récentes qui hérissent le plateau central ont de
tout façon largement effondré ce boulevard sous terrain...
Au sous-sol, la température est constante.
La ventilation se fait par des cheminées d'aération qui traversent les étages
supérieurs, jusqu'au ras des trottoirs. La plupart des caves ont gardé leur sol
en terre battue et des châlis (cales de pierre) destinées à caler les fûts, sont
encore alignées le long des murs.
Aussi représentatif de l'Auvergne que
pouvait l'être son vin, le fromage y est toujours conservé par les derniers
affineurs de la ville. Les "puits à neige" et les "glacières" s'inscrivent dans
cette vocation de conservation alimentaire. Ces cavités creusées dans les caves
permettaient aux habitants de conserver de la glace toute l'année.
Pour cela, un enduit particulier était appliqué afin d'en assurer l'étanchéité.
On pouvait y tasser de la glace ou les dernières neiges de février, avant de les
refermer aussi hermétiquement qu possible. Deux puits à neige, entièrement
rénovés, sont visibles dans la galerie de peinture de Jean Jury, rue Pascal.
Certaines caves situées à proximité de l'ancien évêché soulèvent moult
polémiques.
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Aqueduc romain |
On y retrouve des voûtes en ogives, des
piliers sculptés, quelquefois une pièce centrale et l'esquisse de chapelles
latérales souvent murées. La question est lancée: s' agissait-il de lieux de
culte souterrains ? Les spécialistes manquent de connaissances sur l'origine de
ces caves, non seulement en raison de l'absence d'archives, mais aussi parce
que, faute de temps et de moyens, les propriétaires renoncent à creuser plus
profond.
Des pages de l'histoire clermontoise dorment encore sous les décombres. Une
histoire qui s'écrit avec des points d'interrogation. De toute évidence, ce
sous-sol insolite mériterait d'être mieux connu des habitants eux-mêmes.
Pourquoi ne pas imaginer une visite souterraine, qui amènerait les touristes
d'un coin de la butte à l'autre, en faisant découvrir des lieux et une
topographie toute à fait étonnante ? Paris fait bien visiter ses catacombes...