Le rendez-vous des sorciers...
Selon certains auteurs, après le départ
des moines, le sommet du Puy de Dôme servit de lieu de sabbat aux sorciers.
En
1594, "la femme Bosdeau", sorcière du Limousin, fut condamnée par le parlement
de Bordeaux et brûlée vive. La malheureuse laissait une confession et c'est
ainsi qu'on apprit tout.
«La nuit de la Saint-Jean d'été donc, les sorciers arrivaient là, de l'Auvergne,
du Limousin, de la Marche, du Velay, du Vivarais, du Gévaudan, voire du
Languedoc. Car ils n'avaient qu'à enfourcher leur balai de bouleau pour être
rendus en un clin d'œil dans les vents de la nuit.
Leur maître, c'était Satan, qui avait la figure d'un bouc. Il les recevait au
milieu d'un rond tracé sur le gazon au sommet de la montagne. Chacun venait
allumer sa chandelle à la chandelle noire qu'il portait sur les cornes et
dévotieusement lui baiser la fesse.
Pour commencer le sabbat, le diable disait la messe à sa façon, avec une tranche
de rave en guise d'hostie. Puis il distribuait les métiers de sorcellerie pour
leur nouvelle année, faisant largesse de charmes contre le feu, les loups, les
bêtes sauvages, et soufflant sur ses suppôts pour leur donner le pouvoir de
prédire l'avenir
(1)
La tradition populaire veut que, pendant cette messe noire, à cet endroit du puy
de Dôme qu'on appelle "le cratère du Nid de la Poule", soit apparue une énorme
poule noire à trois queues (elle pondait trois œufs noirs puis disparaissait
dans les flammes). Les sorciers se précipitaient alors, brisaient les œufs et y
trouvaient les ordres de Satan pour l'année à venir.
En cette année de la Saint-Jean, où le crépuscule du soir rejoint presque celui
du matin, la foule noire de sorciers grouillait longtemps dans le gris blafard,
là-haut, d'où l'on domine, si bas au-dessous, une infinité de pâturages, de
forêts et de campagnes. Assis sur l'herbe rase, ces maudits faisaient un repas
de pain, de vin et de fromage, toutes provisions mises en commun, pour signifier
qu'ils étaient tous frères. Puis, jusqu'à l'heure où l'air de pâle devient
rouge, leurs cérémonies se continuaient par des débordements, des horreurs, des
lubricités qui ne vaudraient rien à êtres retracées.
Ces choses sont si vieilles qu'on n'oserait les donner pour tout à fait
véritables. Cependant, encore aujourd'hui, les bergers montent à la Saint-Jean
sur la plus haute montagne pour voir danser le soleil : car il danse, ce
jour-là, à son lever, ne sachant s'il doit aller à droite ou aller à gauche.
Beaucoup en ces cantons écartés ont dû demeurer longtemps païens et magiciens
dans le secret de leur cœur
(2).
Le bouc était consacré à Mercure et on ne s'est pas étonné d'en retrouver des
cornes dans le temple. Mais on se pose davantage de questions sur les cornes
enfouies sous la chapelle Saint Barnabé..
Ce site n'est d'ailleurs pas le seul dans la chaîne des Puys à avoir mauvaise
réputation : le sommet très étroit de ce puy Chopine, qui a tant décontenancé
les géologues, passe lui aussi, pour avoir eu une chapelle et avoir été un
rendez-vous de sorciers. Et tout le monde sait bien qu'au Suquet de la
Fachineire (la petite montagne de la fée) entre le puy de Pourcharet et le puy
de Montillet, il n'est pas prudent de tenir des troupeaux après le coucher du
soleil...
(1)
Henri Pourrat, Gaspard des montagnes, Le Livre
de Poche (1966)
(2)
Henri Pourrat, op, cit.