Les Reclus (régime
cellulaire à vie)
Au Moyen Âge, jusqu'à la fin du XVème
siècle, il y eut un peu partout en Auvergne, et plus précisément en
Haute-Auvergne, des reclus et des recluses. C'étaient des hommes et des femmes
généralement d'âge mûr et de toutes conditions qui choisissaient, de sang-froid,
le régime cellulaire à vie.
Ils n'avaient pour toute obligation que celle de la prière, car beaucoup d'entre
eux, très certainement, ne savaient ni lire ni écrire. Dès qu'ils étaient entrés
dans la récluserie (une toute petite pièce de quelques mètres carrés située
généralement en dehors de la ville), on en murait la porte.
Le seul contact avec le monde extérieur se faisait par une petite fenêtre
grillagée, s'ouvrant le plus souvent sur une chapelle. C'est par cette fenêtre
qu'on leur faisait passer la nourriture et les vêtements.
On compta jusqu'à trois récluseries à Aurillac, deux à Clermont-Ferrand et à
Brioude, une à Pont-du-Château, à Aigueperse, à Murat, à Mauriac, à Saint-Flour
et à Ardes où l'on voit encore la "Chapelle de la Recluse". Beaucoup d'autres,
certainement, n'ont pas été dénombrées.
On peut supposer qu'il y avait encore, au siècle dernier, des reclus et des
recluses. Voici ce que raconte Pierre Besson
(1)
:
«A l'orée du village, on fait une halte pendant que Jeanpetit court "sonner" la
Moûne, une vieille recluse à qui chaque maison et à tour de rôle, porte une
écuellée de soupe et qui a "bonne main". On lui passe le rameau de buis, l'eau
bénite. Du seuil de sa hutte, elle étend sa main sur le bétail, murmure quelques
vagues paroles, et l'on s'engage dans les sentiers qui montent. Après le dîner,
on m'envoyait porter la soupe à la Moûne. Je trouvais la vieille recluse dans sa
misérable cabane crépie de bouse de vache en guise de mortier, assise sur un
billot de hêtre qui lui servait de chaise, égrenant son chapelet, la tête
branlante sur son cou grêle, la goutte au nez, la face gravée de rides profondes
où s'était amassée la poussière. Elle la posait sur son giron, l'entourait de
ses mains noueuses et goulûment, bruyamment, avalait la pitance en léchant et
reléchant le fond, les bords et la cuiller.
Je repartais chaque fois le cœur serré par sa pitoyable infortune, effrayé aussi
par le mystère qui l'entourait
(2).»
En général, les reclus étaient l'objet d'une grande vénération, et on
considérait que leur prière attirait la protection du ciel sur la ville...
1 -
Un
pâtre du Cantal (Éditions De Lagrave (1936)
2
-
Henry Doniol,
Voyage pittoresque dans la Basse-Auvergne (1847)