Les fiancés de La Chaise-Dieu
(Haute-Loire)
A Lavaudieu, vieux village d'aspect
médiéval, à quelques kilomètres à peine au sud-est de Brioude, se trouve le plus
beau cloître roman auvergnat, le seul qui soit resté intact en dépit d'un long
abandon. Il y a peu de temps, on s'en servait encore de hangar et de grange;
mais il fut nettoyé et restauré avec tact. On aime ses proportions, son
équilibre, la variété et la finesse de ses colonnettes, la diversité des
chapiteaux (certains furent refaits par Philippe Kaeppelin).
Une galerie de bois, conservée par miracle jusqu'à nos jours, surmonte le
cloître donnant à l'ensemble un air rustique de bon aloi. Dans l'ancien
réfectoire, baptisé à tort "Salle capitulaire", on a récemment restauré une
fresque monumentale aux tons chauds, représentant un Christ en gloire, la Vierge
et les apôtres.
C'est du cloître que l'on voit le mieux la
curieuse silhouette du clocher octogonal, e grés rouge, surmonté d'une flèche
tronquée. Depuis quelques années, d'autres fresques (XVème
siècle) ont été mises à jour dans l'église (scènes de l'Évangile).
Lavaudieu était une abbaye de Bénédictines
venues, dit-on, de La Chaise-Dieu. Une légende rapporte les raisons pour
laquelle les religieuses s'établirent ici, vers la fin du XIème
siècle : lorsque Saint Robert eut fondé l'abbaye de La Chaise-Dieu, il dut
bientôt prévoir, à côté des bâtiments conventionnels, un monastère pour les
femmes.
Peu après la création de cette maison,
Judith, la fille du comte d'Auvergne Robert, demanda à y être admise.
Elle suivait l'exemple de son fiancé, Simon, comte de Bar-sur-Aube, qui, touché
par la grâce, était entré dans les ordres. Or, peu de temps après, Simon se
présenta à l'abbaye voisine : il y fut admis.
Saint Robert, craignant que le proche
voisinage ne rallumât l'amour des anciens fiancés, décida de transporter plus
loin le monastère des religieuses. C'est ainsi que vers la fin du XIème
siècle les Bénédictines de La Chaise-Dieu s'installèrent dans ce village qui
portait alors le nom de Comps. A la fin du XVème
siècle, le roi Charles VIII accédant à une demande de l'abbé de La Chaise-Dieu,
décida de changer le nom "vide et déshonnête" du prieuré : on l'appellerait
désormais celui de la "Vallée de Dieu".
Au XVIème
siècle on s'y écarta des règles données par Saint Benoît. Les religieuses
devinrent des chanoinesses prébendées; ayant chacune logis indépendant et
serviteurs particuliers, elles recevaient leur famille et savaient organiser en
leur couvent, des fêtes quelque peu mondaines et parfois même des bals.
Cependant elles nourrissaient aussi des
préoccupations religieuses : en 1779, le Père Gaschon d'Ambert vint à Lavaudieu
prêcher une mission dont le souvenir est perpétué par la croix de fer forgé qui
fut plantée sur la place. Le couvent disparut à la Révolution. Au nord, entre
Lavaudieu et Fontannes, aux confins d'un bois et d'un pré, une voûte de
maçonnerie abrite la fontaine Saint Eutrope, dont l'eau guérissait les
estropiés. Dans la margelle, une cavité sert de bénitier...