Le chien noir de Pontgibaud
Vers 1470, le père Imbert, charpentier à
Pontgibaud, accusé de sorcellerie, fut brûlé vif.
Deux années plus tard, ce fut le procès du
fils qui déclara qu'un soir à la brune, venant de son pré, il avait été abordé
par un chien noir.
«N'aie crainte, je suis Allonzo et je protégeais ton père...» Du tort fait à son
père, le chien noir l'avait poussé à se venger.
«Va dans le cimetière de Volvic, demain avant le lever du soleil. Tu y trouveras
à main gauche en entrant un tas d'ossements...»
Lesdits os mis au feu feraient de la cendre de mort.
De cette cendre, le fils Imbert fit mourir
deux personnes. Le chien noir lui avait aussi donné un bâton : les gens et les
bêtes qu'il en frappait s'en trouvaient estropiés. Le chien le conduisit, une
certaine nuit, au lieu appelé La Garde. Au milieu d'un feu et monté sur un âne,
il y vit un géant qui avait la figure large comme un quarton
(1).
Une foule de fachineis, fachineires, l'entourait. Imbert en reconnut plusieurs
pour être de Banières et de Chambois. Le géant lui fit donner un grand cierge
noir, lui ordonna de l'allumer et de faire le tour de la compagnie. - Que l'on
se souvienne du chef gaulois qui, en signe de soumission à César, fit le tour de
son tribunal.
C'était la façon celtique, antique, de se
vouer aux Dieux. - Après quoi le géant dit la pacte conclu et admit le garçon au
rang de ses serviteurs. Ces aveux faits, s'attendant à être brûlé comme son
père, le malheureux essaya de se fracasser la tête en se lançant contre les murs
de son cachot. Il fut aussitôt enchaîné.
Il s'enfonça alors dans le nez des pailles
extraites de sa paillasse et laissa saigner jusqu'à la mort.
On accusa le seigneur de Pontgibaud, M. de la Fayette, de s'être prêté à ce
suicide pour éviter les frais d'un bûcher.
(1)
Mesure de superficie qui varie de 6 à 10 ares
selon les régions.